•  

    Tu entres en forêt

    avant toute chose

    par l’odeur des végétaux

    qui très lentement imperturbablement

    inhument leur présent en fumure

     

     

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  •  

    En ces bois

    à chaque pas le paysage j’ai inventé

     

    et à chaque pas de côté m’a réinventé le paysage

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  •  

    Forêt XVIII

     

     

    Montagne du Musan

    tsunami minéral

    dans le temps figé

    en suspend de submerger la forêt 

     

     

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  •  

    I

      

    De ne sais quels

    replis de la nuit

    soudain

    les mots sourdent

    eau qui perle

    aux lisières du néant

    tension fébrile seconde d’éternité

    suspendue aux sables de l’oubli

      

    II

     

    Au début

    gouttes de mots

    quelques

    gorgées telles rouges baies

    et la sérénade de leurs chairs

    félicité

     

    Puis peu à peu source s’évasant

    chaque expiration devient

    torrent    rivière    fleuve

    laisse jusqu’aux hautes mers intérieures

    inspiration

     

    Suivre le cours de l’instant

    ignorant et confiant

    à la fois

    me laisser porter sur les remous de ces mots

    flotter sur les flux de leur inattendu

    me menant hors des pays de brumes

     

    III

     

    Me ressens passeur plus vaste que moi

    vasque du chant des hommes et des lieux

    mémoire des bois et des gouffres

    rivages de joies sédiments de larmes parfois

     

    Quelle saveur ce cours imprègne aux jours

    si ce n’est l’intense?

    parcourant les méandres

    c’est moi-même que je parcoure

    éclaboosté de flux mystérieux

    dont je ne comprends pas toujours la source

    mais qui me ressourcent

     

    IV

     

    Dépôts limons aux rivages de l’être

    sèves  nourries des forces minérales

    en nos nappes souterraines puisées

     

    L’eau des mots s’écoule et coule

    scintillantes perles écloses dans

    le carbone de la nuit

    l’ouvrage des jours

    en peaufinera l’éclat de leur feu

     

    De cet au-delà du dedans

    jaillit l’eau de ces mots

    sans cesse bruit rose chantonnant

    semence de nos expériences

     

     

    V

     

    Ainsi soudain perlent mes mots

    au cœur de je ne sais quels replis

    travaillent en profondeur

    l’eau de mon être

     

     

     

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  • Volets fermés

     

    Seul perçant l’obscurité

    de mes draps de rêve

    le souffle puissant

    de cet animal

    sauvage

     

     

    Fabuleux et sauvage

    souffle profond de vies mille et une

    de dragon insoucieux

    arbres sur son errance las

    transformés en gisants

    flots ailleurs démontés

    reliefs au buffet

    de notre présence

     

     

    Mais ici cette nuit

    son souffle

    flaire les interstices

    de mes volets fermés

    et les vitres d’effroi

    fait crisser

     

    de réjouir mon être archaïque

     

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  • S’ouvrir

    aux vents des plaines

    dans ses sens dans son sang

    les ressentir

    pulsation de liberté

     

     

    Frères vents

    vous

    vos hardiesses

    et mélopées

    visage buste envolés

     

     

    Houles plaines

    de blés en liesse

    agitées de forêts

    leur souffle - mots

    aux trilles mystérieuses

    continuellement perce

    mes lignes d’étonnements

     

     

    Favre Claude

    la poétesse

    un jour nous demanda

    quels poèmes

    appris en cœur

     

     

    Ce chant-là

    celui de Vents

     

     

    Vers

    ces quatre premières lignes

    chaque mesure

    chaque stance

    et silence

    danse en mes lignes de vie

     

     

    Mue merveilleuse

    tatouant l’ado de mes frêles peaux

    tout autant

    que le cuir des années nombreuses

     

     

     

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  • Aube (haïku) - volumen I, têtraède 11 x 11 x 11 cm, texte et conception du livre Géry Lamarre, 2017

     

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  •  

      

    Toujours est là la route devançant l’invisible

    tendue comme un projet

    un fil que l’on se fait 

    que l’on tire ou retire

    de l’écheveau du né

    ant

     

    Toujours la route est là de croix nos pas semés

    choix qui nous appartiennent

    nous accompagnent

    petits cailloux nos deuils  

    en stèle aux carrefours

     

    Au cœur des croisements

    rues avenues fourches sentes et dédales

    parmi tous nos seuils constellés d’i

    nexploré

    dis

    lequel nous amènera là où on joie ?

     

    Suspendue en ces lieux nous faisant rois errants

    la poésie enflamme la

    douce et rugueuse énigme que sont nos vies

     

    Sensualité

    cet entre-deux

    mouvement

     

     

     

     

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  •  

     

    Bosquet de lilas

    moineaux mésanges y plongent

    puis remontent les vagues ramures

    comme nageurs de hautes frondaisons

     

     

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  •  

    Façonnés à croire

    à croire le monde ce qu’il parait

    Or le monde

    parure de notre regard

    notre regard

    croître le monde bien plus vaste

     

    Recueille

    les larmes de renaissance

    chaque brin d’herbe

    perlant chaque aube de ce monde

     

    Bouscule

    certaines pensées

    aère-les

    poussière de colère

    poussière dépassée

    polis-les qu’elles brillent

    aux premiers jours de leur gemme

     

    Soulève ces pierres

    Belles elles dissimulent pourtant

    le terreau de ton cœur

    qu’il devienne enfin territoire

    ciélé de mille lucioles folles de joie

     

    Transforme feuillages

    vents et rivages

    en compagnons fidèles

    qui chantent et élèvent ta présence

    quitte à l’ombrager parfois

    comme le ferait tout ami

     

    Vois

    les grains de temps

    qui partout se déposent

    poussière

    comme secondes

    minutes passées

    posées nourrissant le tapis

    des fleurs du présent

      

    Le monde

    et les hommes passants

    sont moirés de contredits

    beauté sauvagerie

    grandeurs et rétrécits

    sont faits inhérents à la vie

     

    Nous seuls

    individus

    pouvons offrir aux rencontres

    qui nous tissent

    l’or de notre regard en partage

     

     

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